Le cri du cœur
Mieux écouter et mieux alerter, pour mieux soigner ; les femmes et leur santé cardiaque
Cette note d'intention date d'avril 2024 et n'est plus représentative de tous les enjeux et terrains d'explorations de mon mémoire. Je la laisse tout de même en tant qu'archive de mon cheminement.
Les douleurs des femmes ont été soit minimisées, soit ignorées. Les plaintes étaient souvent remises en question, traitées comme de l'exagération ou de l'émotivité excessive — quoi de plus normal pour celles qu’ont appelait les hystériques. Bref, l’existence de la femme s’est longtemps définie par sa capacité à procréer, qui elle-même s’articule dans un chemin de douleurs.
Cette définition de la femme à aussi entraîné un manque de données sur les femmes dans le monde de la santé. La plupart des protocoles expérimentaux pour la mise au point de médicaments sont établis avec des données essentiellement recueillies sur les hommes. Ils sont représentés aux deux tiers dans les cohortes de patients contre un tiers seulement pour les femmes. La raison classique invoquée ? Les femmes en âge de procréer sont exclues des études du fait des conséquences potentiellement graves en cas de grossesse.
Encore une fois, on relie la femme à sa potentielle grossesse.
Résultat ? Un système de santé basé sur des données erronées, complètement andocentrique.
Cet androcentrisme1 de notre modèle médical a des répercussions quotidiennes sur la santé des femmes. En tant que femme, vous êtes plus propice à appeler les urgences plus tard que préconisé. Vous avez aussi plus de risques d’être victime d’erreurs ou de retards de diagnostic, de recevoir des traitements inadaptés et de subir des complications pour des problèmes médicaux courants.
Je souhaiterais réfléchir cette année sur cette question du tabou de la douleur féminine.
Un exemple parlant de ce manque de données féminines, et un lieu de nombreuses idées reçues, est la première cause de décès chez les femmes : les maladies cardiovasculaires. (MCV) Souvent considérées (à tord!) comme une maladie masculine, les MCV tuent 6 fois plus que le cancer du sein2.
Une enquête IFOP pour la Fédération française de cardiologie, conduite en février 2018 auprès de plus de 1 000 femmes en France, révèle deux éléments clés. L’un est plutôt positif : 78 % des femmes savent que les maladies cardiovasculaires (MCV) peuvent les toucher. L’autre point est toutefois plus problématique : il révèle que seule une femme sur deux sait que ces maladies tuent huit fois plus que le cancer du sein. Les femmes minorent encore trop souvent le risque et ne s’en méfient pas suffisamment, à cause de préjugés sexistes. Elles connaissent les clés de l’hygiène de vie positive, mais ne se l’appliquent pas forcément. » (Extrait de Mon combat pour le cœur des femmes, Claire Mounier-Vehier.)
Du côté des femmes, cela s’explique par des modifications défavorables de leur mode de vie, l’ignorance ou la sous-estimation des symptômes anormaux, la priorisation des obligations familiales et professionnelles au détriment de leur santé. Risques minimisés, prise en charge tardive, traitements non adaptés ou moins souvent mis en place, réadaptation non prescrite ou négligée… Les causes sont nombreuses. Du côté des professionnels de santé et des chercheurs, on constate une moins bonne connaissance de la spécificité féminine des pathologies et de leurs facteurs de risque, notamment liés aux stress et aux différentes étapes de leur vie hormonale (contraception, grossesse et ménopause).
Pourtant, les femmes se rendent plus souvent chez le médecin que les hommes : pour la contraception, les grossesses, la ménopause, la santé de la famille. Mais quand l’accident les frappe, elles sont touchées plus durement. D’où ce paradoxe d’une espérance de vie plus longue, mais avec une existence en moins bonne santé, avec plus de dépendance et de handicap. (Extrait de Mon combat pour le cœur des femmes, Claire Mounier-Vehier.)
En tant que graphiste, il me semble important de renforcer la communication et la prévention auprès des femmes, sur l'intensité des risques qu'elles courent. Également envisager des moyens d'encourager les femmes à prendre la parole sur leurs souffrances physiques et émotionnelles, à travers des dispositifs interactifs ou de médiation.
Questionnements sociologiques à explorer :
- Comment les stéréotypes de genre affectent-ils la perception de la douleur chez les femmes dans les soins de santé ?
- Ces stéréotypes de genre affectent-ils également les hommes ?
- Comment aider les femmes à détecter leur douleurs ?
- Comment aider encourager les femmes à réagir ? À prendre en main leur santé ?
- Qu’est ce qui contribue encore aujourd’hui à l'entretien de clichés sur les femmes, notamment en relation avec leurs corps et leurs expériences biologiques ?
- Les réseaux sociaux et les nouvelles plateformes médiatiques peuvent-ils aider à transformer l’attitude des femmes envers leurs propre santé ?
Questionnements graphiques à explorer :
- Comment montrer et évaluer ce qu’on ne voit pas : la douleur ?
- Le graphisme peut-il redonner un intérêt à quelqu’un envers sa propre santé ?
- L'image des femmes et de leur santé peut-elle encore être questionnée ou améliorée, par exemple dans la publicité pour produits sanitaires ou hygiéniques ?
- Peut-on véritablement améliorer la prise en charge sanitaire des femmes par de meilleures communications et formations des professionnels de santé ? Quelles sont les limites de la communication de santé ?
- Le graphiste peut-il permettre de fluidifier la communication et la médiation sanitaire ?
Les professionnels à contacter :
Les femmes, en tant que sujet principal et bénéficiaire de ces discussions, sont au cœur de notre étude. Les acteurs de ce projet incluent des professionnels de la santé comme des cardiologues, des gynécologues, des maïeuticiennes, etc. Également des spécialistes en sociologie de la santé, des historiens de la femme, des spécialistes du marketing et de la publicité, les responsables de service communication de divers CHU, le comité d’éthique de l’Inserm, des activistes des droits des femmes.
Les solutions envisagées :
- Une campagne de prévention positive pour aider les femmes à reconnaître leur symptômes, suivre leur état de santé et les encourager à chercher de l'aide, sans les culpabiliser ou les surcharger.
- La promotion d’une médecine inclusive et respectueuse des droits, de l’autonomie et de la singularité de chaque personne soignée.
- La création d’espaces d’échanges, de réflexions et de paroles entre soignants et soignées.